Chella

Description

Le site de Chellah est un lieu de promenade privilégié des Bosco à Rabat et marque sensiblement l’écrivain. Le texte baptisé ici « Chella » est repris en 1948 dans « Pages marocaines » sous le titre « Sanctuaire ». Le site de Chellah est l’« enclos sacré » par excellence, qui accueille la tombe du souverain légendaire, le Sultan noir, qui commandait aux génies ; un verger et des vasques d’eau, images du Paradis, aussi bien chrétien que musulman. Pour Henri Bosco, c’est donc « l’un des jardins du monde où l’on sent partout le génie du lieu » (Des sables à la mer, Gallimard, 1950, p. 64). « Cette ville d'âmes, de ruines, de vieux arbres et d'eaux limpides repose ainsi sur des terrains spirituels d'une densité singulière ; et la vie qui s'y alimente participe à leur plénitude. » (Des sables à la mer, Gallimard, 1950, p. 86-87). Lieu alimenté de sources et de vasques, Chellah cumule l’eau jaillissante, la condition de vie, symbole de l’Esprit qui se renouvelle, symbole de l’espérance, source de la foi qui ne tarit jamais, et l’eau dormante, qui réfléchit le ciel, donc un lieu d’approfondissement et de méditation. La vasque est d’autant plus importante pour Henri Bosco qu’elle canalise l’eau sauvage, domaine des Djenoun, les Fils de la Nuit, et des terribles esprits telluriques, tout en étant civilisée. Elle reste toujours en lien avec la terre, non domestiquée, entre nature et art, de même que l’art des jardins discipline les forces naturelles sans les mutiler : « un petit bassin maçonné […] L’eau, amicalement canalisé, s’attarde à chaque plante […] La vasque donne à l’eau la chance de se définir, d’être enfin cette eau dans ce marbre et non plus l’élément insaisissable […] Elle devient dès lors une eau intelligible et atteint à la dignité d’une architecture liquide. » (Des sables à la mer, p. 70-71).
Tous les états du texte sont divisés en trois parties, le premier volet étant descriptif, le second, un message levant le voile et le troisième, « Stèles invisibles », sous forme poétique, donne à entendre la voix des morts de la nécropole. Ainsi, le texte évoque les trois strates de l’ésotérisme musulman : « es-shariya », le cercle extérieur, destiné à ceux qui ne voient que l’apparence des choses, « es-tarîqah », le noyau, le centre, auquel accèdent les soufis et les initiés, qui parcourt le chemin vers Dieu, et « el-haqîqah », le rayon du centre vers la circonférence, qui représente la communication de ceux qui ont rejoint le Centre et le Principe suprême. Au-delà des tombes visibles, Henri Bosco perçoit les « Stèles invisibles », les passages des forces telluriques à la rencontre de l’Un et du Multiple, de l’Être pur, il dépasse le visible et le sensible, pour l’absolu et la plénitude du sacré. C’est le « Jardin de la Doctrine » qui garde le souvenir de l’innocence et de la connaissance originelle et annonce son retour, un lieu initiatique où Henri Bosco reconnaît les signes de la tradition guénonienne. Elles font entendre la « Parole perdue » que recherche le disciple. La nécropole, au centre d’un centre, puisqu’il faut passer deux enceintes, est successivement dans les états successifs de ce texte « un Jardin de la Doctrine » dans le brouillon envoyé à François Bonjean, un lieu « de doctrine » dans la prépublication « Chellah » dans le numéro spécial des Cahiers du Sud, « L’Islam et l’Occident », et « le Jardin de la Doctrine » dans le chapitre renommé « Sanctuaire » dans les « Pages marocaines ». L’usage final des majuscules et du défini marque le symbolisme de ce portrait d’un paradis disparu, symbole visant à consoler de cette perte.

Résumé

Stèles est un texte poétique

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La présence
Stèles

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