L'Antiquaire

Description

L’Antiquaire est commencé le 9 juin 1951, juste après l’écriture d’« Antonin, mais ne paraît qu’en janvier 1954. L’écriture du roman est retardée par l’hospitalisation de Madeleine Bosco à Aix-en-Provence, qui obligèrent le couple Bosco à rester d’octobre 1951 à juillet 1952 en Provence. Dans « L’Antiquaire », il est à nouveau question d’initiation, mais à la différence du « Mas Théotime » ou de « Malicroix », le cheminement est plus tortueux. C’est que « L’Antiquaire » fait partie de l’« œuvre au noir » d’Henri Bosco, tel que Claude Girault désigne les récits d’ « Un rameau de la nuit » (1950) et de « L’Antiquaire » (1954), où les ténèbres dominent et qui ont été écrits dans la douleur. A « L’Antiquaire » qui aurait dû prolongé la descente aux enfers du « Rameau de la nuit » a d’abord été substitué le récit lumineux d’« Antonin » : « J’ai écrit « Antonin » à une époque où j’aurais dû écrire « L’Antiquaire ». J’ai écrit « L’Antiquaire » à une époque où j’aurais dû écrire « Antonin » (Diaire, 1954). Pour Henri Bosco, « « L’Antiquaire », c’est le livre que j’aurais pu écrire lors de la crise où j’ai composé « Antonin », et que j’ai renvoyé, alors, à la suite, mais qui ne pouvait pas subsister plus longtemps dans les limbes, sans grand danger pour moi — et pour les autres » (Diaire, 1954). « Ce fut un exorcisme ! il fallait balayer la maison, expulser les diables… Ces personnages infernaux dansaient en moi leurs pires sarabandes… Antonin, conçu et composé malgré eux, contre eux, comme un défi à leur malice, bien loin de les chasser, les avait excités au point qu’il m’a fallu les mettre à la raison par un autre biais. A quoi m’ont servi les Surac, Sourbidouze, Mathias de « L’Antiquaire ». Je ne veux plus rien évoquer de tel » (Lettre d’Henri Bosco à Maurice-Edgar Coindreau, 22 juillet 1954, cité par Jean-Pierre Cauvin, « L’Antiquaire ou l’anti-Teste »)
Le drame de « L’Antiquaire » est « celui de sa propre connaissance » (Henri Bosco, « Analyse de L’Antiquaire ») : Baroudiel, le personnage principal, est en recherche spirituelle et se sent perdu dans un désert spirituel : « Vous n’êtes pas seul. Comprenez-vous ?... Pas seul ! … Quelle chance ! … Mais, moi, personne ! Ni Dieu, ni âme, ni bien, ni mal !... Un lit de cailloux dans un torrent sec. Et pas un fil d’eau, pas un ! Rien ! » (« L’Antiquaire », Gallimard, 1954, page 224) dit-il à Melchisédech, dans le chapitre bien nommé « Le Désert ». Et son parcours oscille entre deux possibilités représentés par les personnages mystérieux de Surac et des antiquaires Sourbidouze. Surac représente le rationnalisme pur : dans les rues de Marseille, il entraine son disciple à coup d’aphorismes abstraits. Mais par son excès de rationnalité, il a abandonné les sentiments et part sur une voie diabolique : « Dès le premier jour, ce diable, donc, je l’ai flairé sous cet homme si supérieur, si courtois, si rangé, mais si différent et si distingué que j’ai senti en lui l’odeur aigrelette du soufre. » (page 179), analyse le garçon de café, Léon. De fait, la voie de Surac mène à la mort puisque celui-ci finit par marcher vers le précipice dans le désert. La pensée absolue se détruit elle-même. A contrario de ce rationalisme, Baroudiel fait l’expérience des mystères des antiquaires. Raphaël et Déodore Sourbidouze entretiennent dans leurs souterrains des rites orphiques faisant appel aux forces obscures et telluriques : « Ici, Monsieur, on a le culte de la terre, et nous adorons en secret, sous cette ville vainement bruyante, souterrainement, la Substance elle-même » (page 52) Fascinés par la bague de Baroudiel, sur laquelle ils identifient Dionysos Zagreus et Perséphone, ils mènent Baroudiel vers l’être obscur, cet être qui cherche à prendre possession de l’homme et que Baroudiel a déjà rencontré dans la montagne de Sèze : « J’avais le sentiment, d’être tombé, cette nuit-là, à l’heure et au point d’élection où se croisaient ces courants d’énergie sidérale et terrestre. J’en étais le témoin obscur, et peut-être, le complice involontaire. Dans le sein d’une vie diffuse, à laquelle les éléments de ma propre vie me liaient, une indéfinissable chaleur nocturne, il semblait, par moments, qu’elle dût y atteindre. Toutes les pentes soupiraient et, de tous les jardins accrochés à ces pentes, je m’imaginais entendre souterrainement monter et descendre la respiration. L’être obscur vivait. Je n’en doutais plus. » (page 120). Mais cet être obscur que désirent les Sourbidouze et vers lequel ils entraînent Baroudiel est dangereux pour l’homme : « Pour moi, il y a des moments où j’ai le sentiment que la terre, la terre matérielle, la terre minérale dont émanent les arbres, d’où émane la végétation, est à la recherche de soi-même, à la recherche d’une conscience, d’une pensée, d’une sensibilité tellurique. « L’Antiquaire » est tout à fait cela. Il y a donc une espèce de mouvement obscur de la matière terrestre, et par conséquent de la matière universelle, de l’être — l’être qui est encore dans l’ombre, l’obscurité, qui est encore indifférencié, dans une espèce de chaos, et qui cherche à s’exprimer par ses formes, par les bruits qui s’en exhalent, enfin par toutes sortes de choses. […] La nature a trouvé son expression dans l’homme. Mais l’homme a transcendé cette part obscure de la nature. […] Il l’a transcendé, et lorsqu’il se trouve en présence de cette espèce de désir et de volonté obscure de la nature, des rêves de la volonté, […] il est en grand danger de tomber justement dans cette espèce de flux, d’effluve qui sort, et d’être lui-même en quelque sorte envoûté et de devenir nature, de devenir terre lui-même, de ne plus être cet homme détaché par sa sensibilité distincte, par son intelligence distincte, et par sa spiritualité […] distincte, et qui le fait passer de l’être obscur à l’âme. » (Henri Bosco, Entretien avec Jean-Pierre Cauvin, 10 octobre 1962, dans Jean-Pierre Cauvin, « Henri Bosco et la poétique au sacré », page 246). Les antiquaires attirent Baroudiel vers la perte de soi : « il s’agit ici de subtils poisons. Ils n’opèrent ni par la poudre ni par l’élixir. Ce sont des substances mentales, des signes ; et leurs vénéneuses vertus peuvent être plus que mortelles. Elles vous aliènent et vous falsifient. » (pages 217-218). Baroudiel, en même temps qu’il est tenté par le rationnalisme pur de Surac, est confronté à la matière et aux tentations charnelles, présentes également sous la forme de femmes de la nuit, dans la foule à Marseille, ou à Sèze. Baroudiel est au cœur du drame de l’équilibre, entre mental pur et irrationnel et se confronte au maux de l’excès : « Excès de pensée qui la réduit à la sécheresse et au désespoir. Excès de l’irrationnel qui la fond aux forces aveugles du monde et l’anéantit. » (Henri Bosco, « Analyse de l’Antiquaire »).
Il doit également passer au-delà des apparences : enfin libéré des enchantements des antiquaires par l’exorcisme de Mathias, avant de quitter les souterrains, il s’abîme dans la contemplation d’un aquarium où se joue un spectacle d’anti-ciel, épisode qui montre l’importance des astres dans la symbolique d’Henri Bosco : « Tournant encore autour du soleil consumé qui les entrainait dans sa chute, toutes les planètes tombaient, à la suite de l’astre obscur, à travers la gravitation universelle, et parfois, s’enfonçant dans un nuage épais de substance céleste, cette infime grappe de mondes disparaissait » (page 300). Cet objet magique où se déploient de multiples illusions fait partie des premiers épisodes ayant inspiré Henri Bosco dans la naissance du récit de « L’Antiquaire » comme il l’a noté dans son diaire. Baroudiel parvient à échapper à cette dernière tentation en invoquant l’amour qu’il éprouve pour la jeune fille qu’il a rencontré à Sèze après son errance dans la montagne, Lucile. Dans cet anti-ciel, le « soleil noir » (page 262) est une personnification des forces infernales, mais il ne peut venir à bout de l’étoile de Vénus, qui représente l’amour qu’il éprouve pour Lucile : « je ne pouvais ni vouloir mon salut ni penser un mot de prière, mais il me restait de l’amour pour cette lueur qui ne mourait pas » (page 301). L’image de la jeune fille qui se penche sur l’aquarium suffit à orienter Baroudiel, mais cet amour, comme souvent chez Henri Bosco, ne sera pas réalisé, car Lucile, elle, n’a pas pu se sauver. Comme l’a expliqué Henri Bosco dans une lettre à Adriana Beltrame, Lucile meurt comme Surac d’un excès de rationnalité : « Car, venue au-dessus de l’aquarium pour voir le protagoniste qu’elle aurait voulu aimer, mais qu’elle n’a pas pu aimer — elle ne réussit qu’à le regarder, qu’à s’en faire voir, sans pouvoir passer à travers le monde fluide des apparences (seul sensible à l’intelligence rationnelle).
Mais le protagoniste sera sauvé de soi-même par cette apparition parce que la vision de ce visage lui révèle le drame d’un être encore vierge, et cependant déjà au-delà de la pureté — et cela par le feu d’une passion terrible, sans autre objet que soi-même qui est la passion sans la foi — car elle n’a pas foi en soi-même » Baroudiel, lui, est sauvé par cet amour qui le mène vers son salut via la troisième voie, la seule possible, de l’amour divin. Dans le dernier chapitre « La voie », le récit de François Méjean nous apprend que Baroudiel a choisi d’entrer au monastère et de trouver la foi, abandonnant la voie de la sécheresse rationnaliste et les illusions des cultes et de l’ivresse bachiques pour la vraie sagesse de l’Amour divin. « Le spiritualisme chrétien est la seule issue que je connaisse à ce débat entre la matière puissante et l’intelligence toute-puissante aussi. Ni l’une ni l’autre ne peuvent satisfaire l’homme et lui donner le bonheur » (Henri Bosco, Entretien avec Henri Poitras 13 octobre 1966, dans « Henri Bosco et la participation au monde, page 285)

Résumé

Baroudiel, géologue, très porté sur les aspects imaginaires de son métier, reconnaît un soir dans les rues de Marseille, un homme dénommé Surac, qu’il suit. Il perd sa trace et avant de prendre le bateau pour l’Afrique du Nord, dans son errance, se retrouve devant la vitrine d’un magasin d’antiquités. Son attirance le pousse à entrer et vers l’arrière-boutique où il rencontre les deux antiquaires Raphaël et Déodore Sourbidouze et Mathias, leur secrétaire. Ceux-ci l’invitent à un dîner, dans leur demeure souterraine. Ils s’exaltent à la vue de la bague de Baroudiel où ils croient voir Dionysos et Perséphone. Baroudiel finit par leur laisser la bague, et rejoint le port puis se remémore son passé et sa première rencontre avec Surac dans la ville de Sèze, ainsi qu’avec une jeune fille liée aux antiquaires, Lucile. Sur le sol africain, dans le désert, il croise à nouveau Surac et assiste à sa fin, où il marche vers le précipice. Atteint de fièvres, Baroudiel retourne à Marseille où il retombe sous l’influence des antiquaires qui l’enferme dans leurs souterrains sans qu’il ne puisse les voir. Un jour Mathias intervient pour chasser les démons et avoue à Baroudiel qu’il a trahi ses maîtres qui souhaitaient s’octroyer l’âme de Baroudiel. Si Baroudiel souhaite quitter la maison, sa curiosité le pousse d’abord à l’explorer et il découvre un aquarium devant lequel il s’extasie longuement. S’il parvient à s’échapper, c’est son ami François Méjean qui fait le récit de la fin : les deux antiquaires et leur secrétaire périssent dans un accident de coupé et Baroudiel entre au monastère.

Table des matières

Avertissement

I. Apparitions

II. Mémorables...

III. Le désert

IV. Intermède

V. Mathias

VI. La voie

Collections

Relation(s)

« « L’Antiquaire » fut écrit en réaction à la « Soirée de M. Teste » de Valéry. Valéry a voulu écrire un roman. Mais « M. Teste » est un roman inachevé. J’ai repris le personnage de M. Teste et je l’ai fait parler. Même certaines phrases du modèle sont copiées textuellement, pour donner l’accent « Teste ». Je l’ai mené jusqu’au bout. » (Henri Bosco, Entretien avec Jean-Pierre Cauvin, 8 octobre 1962, page 238). Paul Valéry écrit à partir de 1896, avec la « Soirée de M. Teste » un ensemble d’essais autour du personnage d’Edmond Teste, rassemblés ensuite sous le titre de « Monsieur Teste ». Dans ces essais, il expose sa conception intellectuelle après la « Nuit de Gênes » en 1892 : l’être intérieur n’obéit qu’à des lois mathématisables et universalisables et elles ne peuvent être comprises qu’avec la distance, la maîtrise et la lucidité d’un moi dissocié de lui-même. Le nihilisme de la pensée incarnée par le personnage d’Edmond Teste de Paul Valéry se retrouve dans le personnage de Surac, qui est « expert en tous les possibles » (page 15), comme Edmond Teste est « démon des possibles ordonnés » et qui reprend nombre de mots et de jugements de Paul Valéry sur l’amour, la nature ou les « bêtises ». Ce personnage et ce nihilisme sont connotés négativement et représentent une des deux voies néfastes que testent Baroudiel : Henri Bosco voit en lui « le Négateur, le Séparateur, l’Opposant, le Mal à l’état pur, celui qui ne pêche que dans son esprit, par le seul esprit, et contre l’esprit. Péché suprême » (Diaire 1954-1955) ; « [Valéry] et [M. Teste] portent en eux un néant (si j’ose dire) qui ne peut aboutir qu’au désespoir. Or je suis l’ennemi du désespoir. » Dans les premières pages, Baroudiel observe Surac entrer dans une boutique d’opticien dans un jeu de lumières et d’illusions — « je ne percevais plus qu’un spectacle mental où un jeu de lumière accidentel avait produit des personnages illusoires, nés de rien, venus là pour rien, et dont rien, jamais, ne saurait tirer ni un mot ni un geste, mais qui disparaîtraient, ne laissant ni souvenir ni trace, quand le miroitement qui les avait fait naître, sans raison connue, s’éteindrait. » (page 19) — qui préfigure la destruction de la pensée par elle-même que Baroudiel observe plus tard lorsque Surac s’avance vers le précipite dans le désert. Surac, qui, parvenu à l’abstraction de soi, se lance dans un monologue de pensée solipsiste réalise ainsi la dernière phrase des récits valériens d’Edmond Teste : « Fin intellectuelle. Marche funèbre de la pensée » (« Fin de Monsieur Teste », Paul Valéry, « Monsieur Teste », nouvelle édition augmentée de fragments inédits, Gallimard, 1946, page 140) .

L’un des amis de confiance de Baroudiel apparaît dans le roman sous le nom de François Méjean, antinomie de François Bonjean l’ami proche d’Henri Bosco. Il représente dans ce roman noir où il s’agit d’échapper aux ombres sataniques et la folie, le double négatif de François Bonjean

Après les deux premiers récits de la trilogie malaise, « La Folie Almayer » et « Un paria des îles », puis « Le Nègre du narcisse », Joseph Conrad hérite de l’appellation de « romancier de la mer ». C’est certainement à cause de cette image que le nom de Joseph Conrad apparaît dans les notes préparatoires de « L’Antiquaire » (BOS 179 vue 142) : en effet, son influence transparaît dans la description du Vieil-Port de Marseille et dans la description de la navigation nocturne sur la Méditerranée. Il faut dire aussi que Conrad commence sa carrière maritime comme mousse dans le port de Marseille, auquel il reste attaché pendant 4 ans. De cette expérience, il tire deux récits « La Flèche d’or » et « La Frère-de-la-Côte ».

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Un rameau de la nuit Relation(s) work
Sites et mirages Relation(s) work

Forme de l'oeuvre (au sens FRBR)

fre Roman

Titre

fre L'Antiquaire

Date de création originale

fre 1951/1954

Langue(s)

fre

Couverture spatiale

fre Géologue de formation, Baroudiel se rend au Maroc pour prospecter des métaux rares, dans la région du Tafilalet, puis dans l’Atlas. L’Antiquaire est le seul roman d’Henri Bosco se déroulant en partie au Maroc, dans les deux chapitres « Désert » et « Intermède ». Le Maroc est matière à personnages : les deux serviteurs de Baroudiel dans l’Atlas, Kesba (Le Roseau) et Hammou, nom qui était aussi celui du serviteur de Bosco à Rabat, puis un troisième Abdesslam. Le nom Baroudiel se réfère lui-même au « baroud », mot arabe pour la poudre à canon. Le Maroc de ce roman dont l’écriture a lieu pendant les troubles nationalistes du Protectorat marocain, menant à l’indépendance en 1956, n’est pas le havre de paix de « Pages marocaines », mais un pays militarisé, colonisé et violent, où Baroudiel côtoie les soldats et leur automitrailleuse et entend dans les montagnes les combats entre les Français et le « djich tahrir » (l’Armée de libération). De même, Henri Bosco fait camper l’expédition de Baroudiel sur un plateau rocheux au Bou Gafer, où eu lieu une des grandes batailles de la résistance marocaine en 1933 lors de la « Pacification » française sur les tribus berbères, bataille qui marqua la conclusion du mouvement de colonisation française au Maroc. Si « L’Antiquaire » fait partie de l’« œuvre au noir » d’Henri Bosco, c’est aussi car il entérine la fin de la paix et de l’espoir d’une civilisation méditerranéenne unifiée et une union de l’esprit entre les deux rives de la Méditerranée.
fre Le Marseille de « L'Antiquaire » est une ville étrange et inconnue, parsemés de souterrains. Selon Henri Bosco, l’inspiration de « L’Antiquaire » provient de la rencontre avec d’improbables antiquaires marseillais : « Je signais des livres dans une librairie de la Canebière quand se présentent à moi deux hommes ; l’un très grand, très maigre, aussi sec que son compagnon est petit, rond et onctueux. Deux antiquaires de la ville. Le rond se rapproche de moi et me dit : « Je possède sous la ville d’immenses souterrains, j’y ai logé des bouddhas, chaque jour je leur rends visite, pour leur renouveler leurs colliers d’ambre… » Cet antiquaire est mort depuis. Ainsi je n’ai jamais vu ses bouddhas qui, je suppose, veillent toujours sur le sommeil des Marseillais, lesquels, heureusement, ne s’en doutent pas. » (Georges Raillard, « En Provence avec Henri Bosco », dans « Pensée française », janvier 1959, p. 28) ; et doit beaucoup à la foule de la Canebière : « Or un jour, que, par hasard, je pensais à mon antiquaire, je revis en moi cette avenue célèbre qui est la gloire de Marseille ; car je l’y avais rencontré pour la première fois. Mais il disparut aussitôt et je n’eus plus, dans mon souvenir, que ce pittoresque lieu de passage. » (Diaire 1954-1955). Les premiers pages du roman suivent ainsi Surac dans la foule des rues de Marseille, tandis que Baroudiel s’enfonce après sa rencontre avec les antiquaires dans les profondeurs de la ville.

Identique à

Identifiant pérenne

Source(s) utilisée(s)

fre Yutaka Kogure, « Bosco et Conrad : autour de « Malicroix » et « Un paria des îles » », dans Bulletin du département de littérature de l’Université de Waseda, volume 48, numéro 2, mars 2003, pages 39-50.