Le Récif

Description

Dans la carrière littéraire d’Henri Bosco, Le Récif marque une nouvelle étape suite au cycle des Balesta, qui n’a pas connu de grand succès public ni critique, ni même pour Henri Bosco, qui a du mal à le finir en 1960 et se lance alors dans l’écriture et la publication de ces Souvenirs. Le Récif est achevé en décembre 1970 et publié par Gallimard en 1971. Jean-Marie Dunoyer, dans le compte-rendu critique qu’il publie dans Le Monde le 17 septembre 1971, le juge « la plus secrète » et « la plus déroutante » de ses œuvres.
Le Récif est un renouvellement par rapport à ce cycle provençal, dans la mesure où le théâtre géographique du récit s’éloigne de la Provence vers la Grèce et la mer. Mais il ne s’agit cependant pas d’un récit maritime, mettant en valeur l’immensité mouvante de la mer, car le lieu central du récit et son titre même, le Récif, renvoie bien à la minéralité et au solide, affleurement d’un monde autre, « invitation au voyage ». Le Récif reprend le thème du péril de l’âme, confrontée aux maléfices, de la Terre dans L’Antiquaire (1954), de la Mer pour cette fois. C’est une invitation au voyage mystique et spirituel aussi, tout comme dans L’Antiquaire, Baroudiel explore les caves de Marseille et dans Un rameau de la nuit, Frédéric Meyrel explore l’épave de l’Altaïr dans le port de Marseille. Un affrontement dans les trois cas avec des puissances souterraines ou sous-marines. A ce thème, s’ajoute un autre, celui du double, important dans toute l’œuvre d’Henri Bosco, mais surtout dans cette trilogie inavouée : jamais autant que dans Le Récif, Henri Bosco suggère si fortement que son personnage déclaré mort, ne l’est pas et que par sa mort apparente, il s’est intégré à autre niveau spirituel, au divin, où être mort s’est vivre d’une vie latente et donc véritable, sans se distinguer des dieux : « Il y a pour tous les hommes plus d'une façon de mourir, on le sait... Mais plusieurs façons d'être mort, on le sait moins. »
Dans une lettre à son ami Ludo van Bogaert, Henri Bosco évoquait comme base du récit du Récif, son sentiment chrétien, si proche du paganisme.
Ainsi, dans les premières pages du premier chapitre « Tentation » le personnage du Grec Manoulakis remarque-t-il à propos de La Bête du Vaccarès de Joseph d’Arbaud :
« — Ce récit, disait-il, répond merveilleusement à une question que nous posent à vous provençal, à moi grec, les gens du Nord.
« Elle est naïve… « Êtes-vous chrétien ? êtes-vous païen ? » »
Le récit du Récif est présenté sous forme de témoignage, à l’opposé des récits de théologiens tentant de démontrer le divin : il est une expérience vécue du divin par le Provençal Didier-Markos de Moneval-Yssel, poussé par son ami grec Manoulakis, vers la famille des Kariatidès de Paros, qui veulent défendre leur sanctuaire menacé du Récif. Il s’agit de livrer un combat contre les ténèbres et l’abîme, en entretenant le feu de la vieille chapelle orthodoxe, apporter la lumière, autre image chère à Henri Bosco. Le journal des jours passés dans le sanctuaire représente le cœur d’un récit en abîme : expérience à la rencontre des dieux perdus et expérience initiatique, dont Didier-Markos, contrairement à Baroudiel et Meyrel, ne revient pas, son âme descendue dans l’enfer des dieux ne remontant pas à la lumière, prise par la tentation des ténèbres. Mais il ne s’agit pas d’un triomphe des forces maléfiques, mais une réconciliation entre le Soleil et la Nuit, entre le monde d’en-bas et d’en-haut, et donc une image de l’initié des cultes orphiques, qui ont tant intéressé Henri Bosco lorsqu’il était à Naples. Le divin dont il est question n’est pas exclusivement chrétien : christianisme et paganisme sont indissociablement ensemble, de même que Grèce et Provence sont réunies, deux pôles sacrés, deux endroits où on entend encore la voix des demi-dieux disparus. Dans une des lettres à son ami de Grèce Henri Ehret, il espère lui offrir « ce que notre Provence conserve encore de grec — ses dieux cachés, car elle en a, et il suffit d’y errer avec nous, croyez-moi, pour en ressentir la présence » (lettre du 11 juillet 1963).
Le Récif est avant tout récit, et non roman comme Henri Bosco qualifie habituellement ses œuvres, récit de rêve, hallucinations, dans une quête de soi, renvoyant aux oracles delphiques : « connais-toi toi-même … et tu connaîtras les dieux », deuxième partie qu’aimait rappeler Henri Bosco. Cela renvoie aussi à ce sentiment de la poésie comme « un moyen de haute connaissance ». L’écriture d’Henri Bosco tend à cerner le rêve, les rêves ont des voix, des voix qui s’exprime dans les deux derniers chapitres « Usque dum vivam et ultra » (« Tant que je vivrai et au-delà) et « Plainte » sous la forme de poèmes, via la voix poétique d’Henri Bosco. Ce récit est l’une des formes les plus abouties de la poétique d’Henri Bosco.

Résumé

"Ce récit est un songe qui se déroule en Grèce. Car on peut faire de tels songes. Il n'y faut qu'une mer privilégiée, sur ses rives des temples, dans les temples des dieux. Mais les temples ne sont plus que des ruines, des dieux ne restent que les noms. Témoignages pourtant d'une grandeur déchue. Aujourd'hui sur ces mêmes lieux où s'éleva cette grandeur règne la Croix. Les dieux ont disparu, mais sont-ils morts ? Markos de Monneval-Yssel part à leur recherche, c'est le début d'une grande aventure." (Quatrième de couverture, Gallimard, 1971)

Table des matières

Préambule
Tentation
navigation
Kariatidès
Le Récif
le Retour
L'Héritage
Les Rois
Usque dum vivam et ultre
Plainte

Collections

Relation(s)

« Pas très vaste, Paros, mais c’est là que ça s’est passé… Fermez les yeux et suivez-moi… l’île vaut le voyage ». C’est ainsi qu’Henri Bosco, par la bouche de Manoukalis, présente cette île des Cyclades. Le Récif s’intitule d’ailleurs longtemps Paros. Lorsqu’en 1963, Henri et Madeleine Bosco font un voyage en Méditerranée, accablés par la chaleur continentale, demande à Henri Ehret, directeur de l’Institut français d’Athènes, leur ami, un lieu de villégiature au calme, sans touristes ni bruit, celui-ci leur conseille l’île de Paros. Ils y séjournent, à l’hôtel Méltemi (appelé aussi Xenia), du 9 au 15 juillet, comme l’indique le Diaire d’Henri Bosco. Ainsi écrit-il de retour à Nice à son ami Henri Ehret : « Grâce à vous nous connaissons Paros qui nous est restée chère » (lettre du 22 janvier 1965). De l’hôtel, il observe un petit îlot avec une chapelle où brille un feu, la chapelle d’Ághios Spyrídon, qu’il lui inspire un projet d’abord de nouvelle : « Ecrire une longue nouvelle (60-80 p.) dont le sujet m’a été inspiré brusquement à paros par un îlot abrupt où l’on a bâti une petite chapelle près de laquelle, la nuit, s’allume un feu » (lettre à Henri Ehret 27 juillet 1963). Le Récif s’inspire et reprend des épisodes vécus par Bosco dans ce voyage réel : navigation, passagers rencontrés, effet de l’air marin, … « tableaux de la vie grecque à bord », retranscrits dans ses lettres ou son Diaire. Les visites du couple servent au récit du Récif : la grotte d’Antiparos visitée par Madeleine Bosco, ou le monastère de Zoodhóchos ou Longovárdhas apprécié par Henri Bosco pour ces icônes et dont le cimetière, dans Le Récif, accueille le corps de Markos, et dont un ancien abbé, l’Archimandrite Philótheos Zervákos a inspiré le vieux moine vénérable de la famille des Kariatidès, qui prie pour Markos, l’Higoumène Hiéronymos.

Ressources liées

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Titre Libellé alternatif Classe
Manuscrit du Récif Text
Relation
Titre Libellé alternatif Classe
Germain, Gabriel (1903-1978) Relations Person
Un rameau de la nuit Relation(s) work
Sujet
Titre Libellé alternatif Classe
La lumière dans les récits Hyacinthe et Le Récif d’Henri Bosco Sujet(s) Text

Forme de l'oeuvre (au sens FRBR)

fre Roman

Titre

fre Le Récif

Date de création originale

1971

Langue(s)

français

Couverture spatiale

Identifiant pérenne

Source(s) utilisée(s)