Immigrés et Français. Stratégies d'insertion, représentations et attitudes

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fre Tiré à part
fre Article

Titre

fre Immigrés et Français. Stratégies d'insertion, représentations et attitudes

Créateur(s)

fre Benoit Riandley
fre Leonetti, Taboada

Date

fre 1991

Langue

fre fre

Importance matérielle

fre 2 p.

Est une partie de

fre Population, n°1

pages

fre 175-176

Source

Université Côte d'Azur. BU Saint-Jean d'Angély. Fonds Véronique De Rudder

Droits

fre Droits réservés

Droits d’accès

Réservé aux chercheurs de l'UNS et de l'Urmis

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Source(s) utilisée(s)

Note de lecture de Riandley Benoit parue dans la revue Population (Ref : Riandey Benoît. V. De Rudder, F. Vourc'h, I. Taboada Leonetti — Immigrés et Français. Stratégies d'insertion, représentations
et attitudes.. In: Population, 46ᵉ année, n°1, 1991. pp. 175-176;
http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1991_num_46_1_3684)

"Dès les premières pages, cette recherche se révèle d'une problématique
approfondie et fait preuve de moyens d'investigation variés et bien adaptés. Quelques
idées-clés guident la recherche : aux Etats-Unis l'ethnicité serait un facteur
d'organisation politique plus déterminant que la classe sociale. En France, la machine
à intégrer syndicale semble ne plus fonctionner comme avant la crise de l'emploi.
Les stratégies d'intégration empruntent des facettes situées dans bien d'autres
champs que celui de l'économie (domaines politique, culturel, résidentiel...). On ne
doit pas présupposer les liens entre les stratégies d'insertion dans ces champs et il
ne faut surtout pas enfermer la recherche dans l'alternative simpliste : assimilation
ou retour. Enfin, les attitudes les plus éclairantes des Français à propos de
l'immigration doivent être recueillies près des cités de résidence des immigrés.
Forts de ces postulats, les chercheurs ont construit leur recueil de collecte
en trois temps : une enquête quantitative destinée à construire une typologie des
principales stratégies d'insertion des immigrés et de leurs enfants, l'interview
semi-directive d'individus typiques de ces différentes stratégies et une enquête auprès
de Français des mêmes quartiers, portant sur leurs représentations des stratégies
d'insertion des immigrés.
L'enquête quantitative est focalisée sur 7 communes d'Ile-de-France et cinq
groupes ethniques : Algérie, Portugal, Maroc, Espagne et Antilles. Près de 450
enquêtes ont été sélectionnés à partir de quota nécessairement sommaires en ce
domaine par des enquêteurs parlant la langue d'origine. Les auteurs ont à juste titre
évité la fourniture d'estimations à partir d'un échantillon peu dispersé qui ne saurait
satisfaire à un strict critère de représentativité (prudemment, ils énoncent « 5 % de
l'échantillon appartiennent au type X »). Ils ont eu recours aux techniques d'analyse
factorielle puis de classification dont les résultats typologiques sont robustes face
aux défauts d'échantillonnage. Ces analyses ont d'abord été menées séparément par
domaine homogène : le culturel, les relations sociales, le rapport aux institutions,
les stratégies économiques, l'emploi et le logement.
Ces analyses spécialisées ont permis de repérer les variables les plus
discriminantes des stratégies d'insertion et les moins liées à des éléments fortuits ou
imposés (âge, ethnie...). L'analyse inter-domaine de ces variables pertinentes conduit
au terme de nouvelles analyses multivariées à la constitution d'une typologie des
modes d'insertion en 10 classes. La diversité des modes d'insertion apparaît
clairement. Ces classes sont ensuite rapprochées des caractéristiques
socio-démographiques de leurs membres et de chaque question de comportement posée dans le
questionnaire, mais surtout cette typologie synthétique, rapprochée des analyses par
domaine, apporte une réponse à la question de l'interdépendance ou de l'autonomie
des domaines en matière d'insertion : les comportements relatifs aux choix culturels
et aux projets à long terme sont très corrélés à la stratégie globale d'insertion tandis
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qu'en sont plus indépendants les champs liés au quotidien : relation aux institutions,
stratégies économiques et relations sociales.
Sont ensuite spécifiés les comportements caractéristiques des première et
seconde générations d'immigrés (les immigrés arrivés avant leur scolarisation ou en
cours de celle-ci sont ici fondus avec la seconde génération). Des fragments
d'entretiens illustrent les différents types d'insertion. Parmi tous les résultats de cette
recherche, citons les suivants : l'insertion associative des maghrébins serait moins
forte que celle des Européens du sud, et de plus, plus contrôlés par les pays
d'origine. C'est ce qui expliquerait une importance plus centrale du réseau familial
pour les immigrés d'origine maghrébine. Malgré le développement de l'immigration
familiale depuis 1974, les migrations temporaires subsistent avec des projets de
retour souvent mal inscrits dans un calendrier temporel. Ces projets de retour
n'impliquent pas nécessairement une attitude de retrait social de l'immigré et vont
souvent de pair avec une intégration fonctionnelle minimale, à moins que des raisons
idéologiques ou religieuses ne s'y opposent. Les projets de retraite alternée entre
pays d'origine et France apparaissent nombreux. La coupure avec les pays d'origine
est rarement totale.
L'enquête auprès des Français résidant dans ces quartiers a été menée auprès
de 145 personnes et portait sur leurs attitudes à l'égard de l'immigration. Encore
une fois l'analyse a d'abord été menée par domaine séparé, avant une analyse
synthétique aboutissant à une classification des attitudes : ressentiment xénophobe,
retrait et distance, engagement social et solidarité égalitaire, pluralisme culturel et
refus des discriminations.
De ce petit échantillon inscrit dans la banlieue parisienne ressortent plusieurs
résultats : les attitudes des Français relatives aux stratégies d'insertion des immigrés
renvoient plus à l'alternative simpliste «assimilation-retour» qu'à la réalité de ces
stratégies. Les réactions hostiles associent le refus des droits civiques au rejet de
différences culturelles estimées irréductibles, tandis que les attitudes favorables se
scindent entre l'assimilation civique et culturelle et l'acceptation des différences
culturelles. Les réactions tolérantes apparaissent plus féminines, plus jeunes, et liées
aux niveaux d'instruction élevés. Les différences sociales sont marquées : la
tolérance serait surtout le fait des professions libérales, cadres supérieurs et professions
intermédiaires et les réactions de rejet des artisans et commerçants, des employés
et ouvriers non qualifiés. Mais le rejet ne serait pas tant le fait des Français
directement voisins des immigrés que des personnes vivant dans les cités proches. La
proximité des immigrés semble conduire à des attitudes tranchées plus qu'orienter
ces mêmes attitudes. L'observation des attitudes des Français voisinant avec les
immigrés apparaît un choix méthodologique heureux ainsi que son rapprochement
avec l'enquête auprès des immigrés eux-mêmes.
On ne peut qu'être impressionné par la richesse du matériau empirique apporté
et par la parfaite adaptation des méthodes d'analyse dont la présentation est limpide.
Ainsi échappe-t-on pour une fois à l'alternative trop habituelle en ce domaine entre
des investigations qualitatives fragmentaires et des enquêtes quantitatives fragiles. "

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fre Paris

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Annotations

Les 145 Français, résidant à proximité des 450 immigrés enquétés lors de la première étape de cette recherche, ont été interrogés sur leurs comportements culturels, sociaux, économiques, en même temps que sur leur perception des immigrés et de l'immigration. L'analyse factorielle, d'abord menée sur des domaines homogènes, aboutit à une typologie synthétique faisant apparaître quatre groupes distincts, définis conjointement par leurs comportement, représentations et attitude à l'égard des étrangers.