Au Tonkin
Classe
Texte
Type de document
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Livre
Titre
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Au Tonkin
Créateur(s)
Éditeur(s)
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Victor-Havard (Paris)
Lieu de production
Mention d'édition
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Deuxième édition
Date
Langue(s)
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Couverture spatiale
Format
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PDF
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342 Mo
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341 vues
Importance matérielle
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334 pages
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18 cm
Événement lié
Source
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Université Côte d'Azur. BU Lettres Arts Sciences Humaines. Fonds ASEMI
Cote
ASE 1699 VN
Identique à
Droits
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Domaine public
Identifiant pérenne
Source(s) utilisée(s)
Description
Journaliste et romancier controversé s'inscrivant dans le mouvement naturaliste ("Charlot s'amuse...", publié en 1883, est un roman sur l'onanisme), Paul Bonnetain part pour l'Indochine en janvier 1884, en tant que correspondant du Figaro, pour couvrir l'expédition du Tonkin. Il succède à Pierre Loti qui a suivi pour le même journal les opérations militaires de l'année précédente en Annam. Le Tonkin est à ce moment toujours en voie de conquête et Bonnetain suit pendant un peu plus de cinq mois les troupes françaises qui pourchassent les rebelles et les pirates réfugiés dans les massifs difficiles d'accès du nord et l'est de la région. C'est sur son expérience éprouvante de cette campagne militaire qu'il écrit une série d'articles paraissant dans Le Figaro entre le 9 janvier et le 20 août. À son retour en France, il les réunit (avec une majorité d'inédits non publiés par Le Figaro) dans un volume publié en février 1885 (ou possiblement en novembre 1884 d'après Frédéric da Silva) sous le titre "Au Tonkin", ouvrage populaire en son temps qui connaît plusieurs rééditions. Paul Bonnetain est une figure importante de l'Indochine littéraire car, comme le fait remarquer Patrick Laude, c'est avec lui le premier "que se manifeste une véritable création littéraire qui prend l'Indochine et l'expérience coloniale comme matière".
Sur l'ambition artistique de ce récit, Frédéric da Silva fait remarquer dans son introduction à sa réédition chez L'Harmattan que "cette dimension artistique [...] apparaît au fil du texte comme une préoccupation constante, voire comme une obsession. Bonnetain n'a de cesse de commenter son écriture qu'il définit en une formule qui souligne sa filiation envers l'écriture artiste des Goncourt : 'La littérature instantanée comme la photographie, c'est aussi de l'impressionnisme.' Instantanéité de l'écriture, primat de la sensation, des nuances de couleurs, des variations de la lumière, l'écriture de Bonnetain est bel et bien apparentée à la peinture d'un Monet ou d'un Renoir. Elle est sujette au même poudroiement non seulement dans ses descriptions mais dans la composition elle-même. Le récit prend en effet la forme d'une 'cueillette de notes, au hasard des feuillets', déclaration qui précise la nature picturale de l'écriture, qui donne à entendre qu'elle est laissée dans sa forme brute, telle qu'elle a saisi les impressions.".
Une originalité du récit de Bonnetain relevée par Frédéric da Silva est qu'il ne respecte pas la chronologie du voyage. Si les cinq premiers chapitres relatent d’abord le voyage dans l’ordre (du 5 janvier au 14 mars), cet ordre se trouve bouleversé à partir du sixième chapitre : il effectue dans ce dernier un retour sur les impressions produites par son séjour à Hanoï (25 février - 4 mars) ; le septième chapitre est une autre réminiscence (24 février) et le huitième narre des événements encore antérieurs aux précédents (18 février). La progression reprend aux chapitres neuf et dix (2-15 avril), puis nouveau retour en arrière avec les chapitres onze (25 mars) et douze (30 et 22 mars). Le voyage se poursuit ensuite dans l’ordre pour les quatre derniers chapitres, à l’exception du quinzième (28 mai), écrit après le seizième (6 mai). Ce choix de composition est cohérent avec l'expérience que Bonnetain a eue du voyage, marqué par de fréquents arrêts, nouveaux départs, et où Hanoi constitue un point vers lequel on finit toujours par revenir.
On peut toutefois noter que Bonnetain ne reste que très peu de temps en Indochine, il n'a pas le temps d'étudier la civilisation vietnamienne et n'échappe donc pas (comme les autres journalistes envoyés au même moment en Indochine) au piège des généralisations hâtives sur le pays et ses habitants, empreintes d'un sentiment de supériorité. "Couard, sale, voleur et fourbe, tel est l'Annamite" (Au Tonkin, p. 76) dit-il par exemple, ou encore : "Être superficiel aux vertus négatives et aux vices vulgaires, l'Annamite n'a guère plus de conscience politique que de conscience morale. L'abrutissement de ses traditionnels esclavages, et les lois d'hérédité sociale ont obnubilé la mémoire de ce paria d'Asie." (Au Tonkin, p. 208-209).
Déjà en 1934 Louis Malleret faisait le constat que "ce qui fait défaut à Bonnetain, c'est une véritable culture asiatique. Comment expliquer autrement cette image qu'il a laissée d'un Tonkin 'sans légendes et sans poésie' [(Au Tonkin, p. 265)] ? Ce n'est pas la partialité qui rend injuste ses jugements, c'est l'étroitesse de ses goûts : 'On a compris, a-t-il dit, le sauvage et on ne comprend pas le Tonkinois. Sa demi-civilisation déroute ; il est incomplet et à notre point de vue illogique'. Illogique : le mot est à retenir. Il contient un aveu. C'est celui d'un paralytique privé de ses béquilles, d'un esprit déconcerté devant la nouveauté.".
Pour Nguyên Van Phong, cette attitude s'explique notamment par les conditions très difficiles dans lesquelles Bonnetain exerce son métier de reporter : "Les jugements d'un Bonnetain sur le Tonkin comme sur ses habitants sont exagérément sévères et injustes, mais n'oublions pas que Bonnetain devait suivre pas à pas les troupes d'occupation dans leur périlleuse expédition du Tonkin, [...] et d'autre part que les préjugés raciaux prennent origine [...] dans l'état d'insécurité où se trouve engagé l'individu.". Nguyên Phan Long fait également remarquer que Bonnetain lui-même semble conscient des limites de son point de vue : "Mais plus que les fatigues et dangers, ce qui désoriente et dépayse le journaliste nouveau venu, c'est l'absence d'un cadre de référence avec ses schèmes de pensée, des modèles d'expression en vue de décrire un paysage exotique ou interpréter un comportement déroutant pour son habituel Weltanschauung. C'est cette sorte de 'découragement' qui atteignit Paul Bonnetain : 'On peut toujours peindre un paysage, décrire un être, pour étrangers qu'ils soient tous deux, mais comment, avec de simples phrases, faire surgir sur le papier une ville par exemple, et toute une civilisation exotique, quand les points de comparaison manquent, lorsque nous nous heurtons aux antipodes absolues de nos idées artistiques et de nos théories politiques ou morales ?' [(Au Tonkin, p. 219)].".
Même constat de Frédéric da Silva d’un écrivain profondément découragé par son voyage : "Au Tonkin raconte ce parcours d’un écrivain venu renouveler son écriture sous d’autres cieux, mais dont l’émerveillement escompté n’est pas au rendez-vous. L’enthousiasme des premières pages, celles qui professent l’amour de la mer élevé au rang de religion, se délite progressivement pour céder sa place à une lassitude si caractéristique du pessimisme fin de siècle.".
Malgré les réserves que l’on éprouve vis-à-vis des jugements de Bonnetain, "Au Tonkin" reste une œuvre intéressante, complexe, et qui comme le rappelle Frédéric da Silva peut se lire "comme le récit de l’élaboration d’une écriture personnelle, et dans une certaine mesure comme l’ébauche d’une œuvre en constitution, carnet de notes convoqué pour de nouvelles reconstitutions des souvenirs et des sensations. C’est une œuvre inaugurale, car par la suite Bonnetain ne délaissera jamais plus son ambition de mêler à l’exotisme des paysages, à l’inspiration coloniale des sujets une écriture intrinsèquement réaliste.".
Plus loin, il conclut en disant que : "Épris de couleurs, de détails, de sensations captées sur le vif, dans leur spontanéité, mais aussi dans la violence et l’ambiguïté des impressions qu’elles provoquent, Paul Bonnetain a composé un texte complexe. Sacrifiant plus d’une fois aux nécessités du reportage colonial, son texte est aussi un témoignage littéraire riche de questionnements sur la pratique même d’une écriture du voyage. De ces aspirations, ou contraintes, découle cette facture disparate. Bien plus journal de voyage d’un écrivain en quête de reconnaissance, que récit de voyage au sens strict du terme, Au Tonkin relate une expérience viatique unique en son genre. Échappée littéraire, qui se refuse à tout lyrisme surfait et mensonger, témoignage réaliste, si ce n’est historique, Au Tonkin est une œuvre atypique, reflet de la personnalité ambiguë et fascinante d’un auteur injustement oublié.".
UN EXTRAIT, LE COUCHER DE SOLEIL SUR LE PETIT LAC À HANOÏ (Au Tonkin, p. 227-229) :
Il est six heures. Le ciel veuf de sa flamme revêt une douceur froide. Est-ce du bleu, du rose, du blanc ? On ne sait. Les reflets de ces trois teintes se mêlent. À l’Ouest, entre les toitures et les branches, s’enfonce graduellement la seule couleur qui demeure. On dirait une laque chaude. L’eau n’a plus, elle aussi, de gamme spéciale. Au pied de mon logis, entre les iris et les roseaux, elle se glauque, sans qu’un frisson ride sa moire ensommeillée. Plus loin, elle est comme le ciel, indécise, argentée par places. Et tout, alors, nettement, se dessine, malgré l’amollissement des lignes et la fuite des contours.
À droite, c’est un temple minuscule, un kiosque de briques, sans grâce, et couvrant tout entier son îlot, mais troué de fenêtres qui, dans l’estompement du soir, le font paraître découpé, presque joli. À gauche, une autre île plus large surgit dans une ceinture de bambous. Celle-là porte une pagode grande et presque belle, précédée d’un pavillon dont les piliers se cassent dans l’eau. Une longue et étroite passerelle béquillée de minces supports, invraisemblablement frêle, l’unit à la rivière. Cette pagode est rose et les tuiles de son faîte accrochant un dernier rayon du couchant s’ensanglantent entre les chimères de faïence, incolores à cette heure, mais si bien profilées sur l’azur qu’on peut voir, entre les mâchoires fantastiques, leur langue menaçante, comme les piquants hérissant leur crête. Au-dessous, saules-pleureurs sans mélancolie, les bambous ont de soudains frémissements, puis rependent, immobiles. Leurs soyeuses dentelles effilochent un vert de minute en minute plus sombre. La passerelle est rose, ses piliers semblent vernissés en noir, et bambous verts, tuiles carminées, chimères blanches, passerelle rose, piliers d’ébène, tout se reflète dans la blancheur de l’eau avec une endormante immobilité.
Autour du lac, la sérénité de la nuit prochaine remplace le crépuscule, à peu près ignoré sous ce ciel, par une promenade pareille d’hésitante lumière. Le jour, sur le point de disparaître, a comme des rappels, des lueurs changeantes et douces ; parfois même, il semble vouloir se réveiller plus vif, comme ces lampes moribondes dont un dernier souffle d’oxygène galvanise l’expirante flamme. À cette exquisité passagère de la clarté qui ne veut pas mourir, les rives gagnent un embellissement bref. Les verdures, les toits des temples, les paillotes, les pignons des magasins apparaissent à travers un tulle et, tandis que, plus tendres, leurs couleurs s’épurent, leurs lignes perdent leurs arêtes et revêtent de fuyantes harmonies. La brise se lève ; un vague murmure court sur le lac comme un soupir des choses avides de sommeil ; une palpitation berceuse trouble les bosquets de l’île, confond les teintes sous l’époussètement des feuilles ; et le premier crapaud, s’essayant, jette deux cris sonores.
Résumé
Table des matières
I. Départ [5 janvier]
II. En route [6 - 26 janvier]
III. À l'étape [27 janvier]
IV. Un début [14 février - 8 mars]
V. De Hanoï à Bac-Ninh [9 - 14 mars]
VI. Premières impressions [25 février - 4 mars]
VII. L'Opium [24 février]
VIII. Le Sang [18 février]
IX. De Hanoï à Hong-Hoa [2 - 13 avril]
X. La Colonie idéale [15 avril]
XI. À travers Hanoï [25 mars]
XII. Hanoï et l'art annamite [30 et 22 mars]
XIII. En Sampan [15 avril]
XIV. Retour [27 avril - 4 mai]
XV. La Paix [28 mai]
XVI. Où l'auteur est las, et le prouve [6 - 28 mai]
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Bonnetain, Paul (1858-1899) |
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