Grand Prix de littérature coloniale

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fre Grand Prix de littérature coloniale

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fre Prix de littérature coloniale
fre Prix colonial de la littérature
fre Prix de littérature de la Société coloniale des artistes français

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fre Grand Prix de littérature coloniale

Description

Institué en 1920 par le ministre des Colonies Albert Sarraut, le Grand Prix de littérature coloniale (dont l'intitulé varie au gré des communiqués de presse, cette forme étant la plus couramment adoptée dans les années 1930) est un prix littéraire qui a été décerné entre 1921 et 1938. D'après Vladimir Kapor (dont la monographie sur le Grand Prix est la source des paragraphes qui suivent), la création de cette récompense répond à plusieurs objectifs : codifier une catégorie — la littérature coloniale — toujours en quête d'une définition à ce moment ; participer à l'éducation coloniale des Français de métropole par les belles-lettres, en mettant en avant le meilleur d'une production littéraire abondante ; encourager les écrivains français (aussi bien de métropole qu'issus des colonies) à s'engager dans cette veine. C'est ainsi qu'en 1924, Albert de Pouvourville évoque dans un article pour le journal Le Gaulois sur le Grand Prix "l'intention [...] de susciter, parmi la jeune génération des écrivains français, l'ardeur et la curiosité pour notre empire colonial ; [...] de mettre au jour des talents nouveaux, épris d'exotisme et pourvus d'une documentation plus sérieuse que ne le fut l'école romantique des Orientales ; [...] d'encourager les Français d'Afrique et d'Asie capables de productions intellectuelles valables contre les difficultés matérielles que leur éloignement imposait à la publication de leurs œuvres.".
Quoique placé sous le patronage officiel du Ministère des Colonies, le Grand Prix n'est subventionné par le ministère pour sa récompense qu'à hauteur de la maigre somme de 1 000 francs (Albert Sarraut étant conscient du pouvoir propagandiste limité des belles-lettres). Chaque année, cette somme a dû être complétée par des bienfaiteurs pour permettre au prix d'atteindre jusqu'à 6 000 francs de récompense en 1928. Ce n'est qu'en 1937 que l'intégralité de la récompense (5 000 francs) est prise en charge par le Ministère, donnant définitivement un caractère officiel à cette distinction.
Le jury décernant le prix est donc chargé selon Vladimir Kapor de trois tâches : "Évaluer le mérite littéraire et propagandiste des œuvres soumises, authentifier et sanctionner la représentation des colonies qu'elles véhiculent, servir les intérêts de toutes les colonies et protectorats français sans favoritisme régional." (Kapor, p. xviii). La composition du jury n'a cessé de varier au fil des années, mais toujours le recrutement de ses membres "fut en grande partie déterminé par leur affiliation à des sociétés, institutions et groupements coloniaux." (Kapor, p. xviii). On y retrouve ainsi toujours le président (Louis Dumoulin puis Henry Bérenger) et un vice-président (Pierre Mille) de la Société coloniale des artistes français ; des personnalités du groupement littéraire des "Français d'Asie" (Pierre Loti, Jean Ajalbert, Claude Farrère, Albert de Pouvourville...) ; les directeurs successifs de l'École coloniale (Georges Hardy, Henri Gourdon...) ; des représentants du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc ; le rédacteur en chef du journal Le Monde Colonial, Stanislas Reizler, secrétaire du jury jusqu'à la fin des années 1930. Comme symbole de prestige, le jury compte également en permanence un ou deux immortels de l'Académie Française et trois à cinq lauréats de l'Académie Goncourt. Quelques personnalités littéraires indépendantes le complètent à l'occasion, comme Myriam Harry, première lauréate du Prix Femina et seule femme à avoir jamais fait partie du jury. La forte présence de journalistes et directeurs de journaux parmi eux (par exemple Marius et Ary Leblond qui dirigent le journal La Vie, Albert de Pouvourville qui écrit dans La Dépêche coloniale...) permet aux prix d'être bien relayé dans la presse lors de sa remise.
Vladimir Kapor distingue quatre étapes dans l'histoire du Grand Prix et de sa politique :
Entre 1921 et 1926, la commission du Grand Prix est une émanation de la Société coloniale des artistes français ; cette dernière accueille le jury qui est nommé par le fondateur du prix, Albert Sarraut. À ses débuts, le Grand Prix pousse sur le devant de la scène un débutant ou une célébrité locale : les auteurs récompensés résident ou ont résidé aux colonies, où ils ont été fonctionnaires, commerçants etc. Le lauréat est donc une personne qui a découvert sa vocation littéraire aux colonies. Les œuvres primées sont jusqu'en 1926 des œuvres d'imagination en prose. Les auteurs nord-africains sont écartés de la compétition en raison de l'existence de prix locaux (Grand Prix de l'Algérie, Prix littéraire de Carthage...).
Les années 1927-1930 sont marquées par la prédominance du nouveau président du Grand Prix, Pierre Mille : le jury se réunit chez lui et sa voix est prépondérante dans les délibérations. En 1930, des écrivains du groupement littéraire des "Français d'Asie" quittent le jury pour fonder leur propre prix réservé aux auteurs indochinois ; le Grand Prix est menacé de disparition.
Entre 1931 et 1934, le Grand Prix rebondit suite à un nouvel engouement pour les colonies, conséquence de l'Exposition coloniale internationale. Tous les jurés sont de retour et les délibérations s'effectuent dans un espace public, un restaurant à partir de 1932. Pour concilier les rivalités entre les différentes colonies, le jury privilégie les auteurs ayant écrit sur plusieurs colonies. Dans les même ordre d'idée, les autorités coloniales ont demandé au jury à ce que, pour "vaincre l'indifférence du public métropolitain pour ce qui est colonial", on privilégie "des livres de finesse et de charme" (Marius-Ary Leblond, cité par Kapor, tome 2, p. 81).
Enfin, les années 1935-1938 sont marquées par la domination des auteurs des colonies d'Afrique subsaharienne, qui gagnent quatre années de suite, ce qui s'explique en partie par la composition du jury, qui compte de plus en plus de membres issus de ces colonies. À partir de 1939, le Grand Prix de littérature coloniale devient le Grand Prix de l'Empire ; la Seconde Guerre mondiale et la mort de ses figures de proue (Albert de Pouvourville en 1939, Pierre Mille en 1941) bouleverseront sa dynamique.
Liste des lauréats :
Jean Marquet remporte la majorité des suffrages pour son roman sur la paysannerie vietnamienne "De la rizière à la montagne". Jury présidé par Eugène Brieux. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Récits marocains de la plaine et des monts" de Maurice Le Glay, "Le visage de la brousse" de Pierre Bonardi, et "Des inconnus chez moi" de Lucie Cousturier.
Maurice Le Glay, déjà sélectionné l'année précédente, remporte la majorité des suffrages pour ses recueils "Récits marocains de la plaine et des monts" (qui avait déjà recueilli quelques voix l'année précédente) et "Badda, fille berbère". Jury présidé par Eugène Brieux. Magali Boisnard a recueilli quelques voix pour "Maddith".
Gaston Joseph remporte la majorité des suffrages pour son roman "Koffi, roman vrai d'un noir". Jury présidé par Eugène Brieux. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Les deux pirogues" de Pierre Rives et "Trois femmes annamites" de Clotilde Chivas-Baron.
André Demaison remporte la majorité des suffrages pour son roman "Diato : roman de l'homme noir qui eut trois femmes et en mourut". Jury présidé par Eugène Brieux. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Madame Samory" du lieutenant-colonel Bernard (Gilbert d'Alem), "Folie exotique" de Clotilde Chivas-Baron, "Le décivilisé" de Charles Renel, "La forêt frémissante" de Daniel Riche, et "L'Asie qui s'éveille" de François de Tessan.
Louis Charbonneau remporte la majorité des suffrages pour son roman "Mambu et son amour". Jury présidé par Eugène Brieux. Étaient en concurrence chez le jury notamment : Charles Renel de nouveau, pour l'ensemble de son œuvre, "Le conquérant" et "Dans les replis du dragon" d'Herbert Wild (Jacques Deprat), "Claire-Solange" de Suzanne Lacascade (première femme antillaise en lice), et "Le collier de jasmin" de Léandre Vaillat.
Roland Lebel remporte la majorité des suffrages pour sa thèse "L'Afrique occidentale dans la littérature française depuis 1870", premier ouvrage récompensé qui ne soit pas de la fiction. Jury présidé par Eugène Brieux. Étaient en concurrence chez le jury notamment : de nouveau "Le conquérant" et "Dans les replis du dragon" d'Herbert Wild (Jacques Deprat), "Souvenirs de la mission Savorgnan de Brazza" de Georges Brousseau, et "Mireille entre les négresses" de Paul Guébhard.
Clotilde Chivas-Baron remporte la majorité des suffrages pour son roman "Confidences de métisse". Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Les chiens aboient..." d'Herbert Wild (Jacques Deprat), "Les Timoniers" d'Albert Viviès, "Force-Bonté" de Bakary Diallo (premier Sénégalais nominé), et "La compagne de la brousse" de Paul Guébhard.
Victor de Samès remporte la majorité des suffrages pour son roman "Kahinor : mœurs arabes". Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Le colosse endormi" d'Herbert Wild (Jacques Deprat), "Bilali" de Claude Breton, et "Tam-Tam" de Julien Maigret.
George Groslier remporte la majorité des suffrages pour son roman "Le retour à l'argile" ; c'est le dernier lauréat indochinois. Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "La femme-antilope" de François Valdi et "Ceux de l'épave" de Pierre Enim.
Saint-Floris (pseudonyme de Henri Bouvard) remporte la majorité des suffrages pour ses impressions africaines réunies dans le recueil "Du tropique à l'équateur. M'Bala. Chasses à la grosse bête et impressions vécues". Jury présidé par Pierre Mille. "Cristalline Boisnoir" de Thérèse Herpin recueille le même nombre de voix que "M'Bala", mais la voix du président Pierre Mille est prépondérante.
Jean Renaud remporte la majorité des suffrages pour l'ensemble de son œuvre coloniale. Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment Julien Maigret, Luc Durtain et Louis Roubaud.
Robert Delavignette remporte la majorité des suffrages pour son roman "Les paysans noirs : récit soudanais en douze mois". Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Philoxène ou De la littérature coloniale" d'Eugène Pujarniscle et "Courrier d'Afrique" de Maurice Martin du Gard.
Émile-Félix Gautier remporte la majorité des suffrages pour son livre d'histoire "Genséric, roi des Vandales". Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Le blanc qui s'était fait nègre" de René Guillot et "La chanson du Couscous et du Dolo" de Michel Perron.
Maurice Martin du Gard remporte la majorité des suffrages pour ses trois livres coloniaux : "Courrier d'Afrique", "Terres divines" et "Le voyage de Madagascar". Jury présidé par Jean Vignaud. Ousmane Socé Diop, avec son roman "Karim", est le deuxième Sénégalais en lice pour le prix.
Oswald Durand remporte la majorité des suffrages pour son roman "Terre noire". Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Sahara" de Charles Diego et "La poupée de chair" d'Arthur Martial.
Paul Fabre, ancien instituteur au Tchad, remporte la majorité des suffrages pour son roman "Les Heures d'Abéché". Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : de nouveau "Sahara" de Charles Diego, "Découvrir l'âme du Maroc" de Henri Duquaire, et "Colons sans colonies" de Odette Valence. Nguyen Tien Lang est le premier Vietnamien en lice pour le prix avec "Indochine la douce".
Jean Sermaye, pseudonyme d'Abel Bœuf, ancien militaire devenu publiciste au Maroc, remporte la majorité des suffrages pour son roman "Barga, maître de la brousse : roman de mœurs nigériennes". Jury présidé par Pierre Mille. "Ras El Gua" de René Guillot arrive second. Nguyen Tien Lang est de nouveau retenu pour le même livre, "Indochine la douce".
René Guillot, professeur de mathématiques au lycée de Dakar, qui avait failli gagner en 1937, remporte la majorité des suffrages pour son roman "Ras el Gua : poste du sud : roman des sables" et son recueil de contes inspirés de légendes africaines "Frontières de brousse". Jury présidé par Pierre Mille. Étaient en concurrence chez le jury notamment : "Kalaat-Allah - La forteresse de Dieu" de Narcisse Bouron, "La piste du sud" de Oscar-Paul Gilbert, et "Avec le Père de Foucauld et le Général Laperrine" de Robert Hérisson.

Ressources liées

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Le Glay, Maurice (1868-1936) Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite Personne
Guillot, René (1900-1969) Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite Personne
Lebel, Roland (1893-1964) Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite Personne
De la Rizière à la Montagne : mœurs annamites Récompense reçue Texte
Le retour à l'argile Récompense reçue Texte
Renaud, Jean (1880-1952) Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite Personne
Marquet, Jean (1883-1954) Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite Personne
Chivas-Baron, Clotilde (1876-1956) Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite Personne
Confidences de métisse Récompense reçue Texte
Groslier, George (1887-1945) Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite Personne
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Prix des Français d'Asie Relations Concept