Meyer, Roland (1889-1976)

Classe

Personne

Forme retenue

fre Meyer, Roland (1889-1976)

Autres formes du nom

fre Meyer, Roland Théodore (1889-1976)
fre Meyer, Roland Théodore Émile (1889-1976)
fre Meyer, R. (1889-1976)

Identifiant de la personne dans un référentiel externe

Nom de famille

fre Meyer

Prénom(s)

fre Roland
fre Théodore
fre Émile

Langue

fre

Nationalité

fr

Genre

fre Masculin

Identifiant pérenne

Date de naissance

1889-07-10

Date de mort

1976-09-09

Lieu de naissance

Portrait, représentation de la personne

Récompense(s) reçue(s) par la personne décrite

fre Chevalier de la Légion d'honneur (1933)

Publications

fre Sur Humazur (par ordre chronologique de parution) :

Profession / Activités

fre Écrivain
fre Administrateur colonial

Reprendre la forme retenue

fre Meyer, Roland (1889-1976)

Description

D'après les informations trouvées par l'historien Jean-François Klein et le petit-fils de Roland Meyer, Jean Courtois, rassemblées dans l'ouvrage "Asiates : des Européens vers l'Asie" (dont les chapitres sur Roland Meyer constituent la source des paragraphes qui suivent), Roland Meyer nait en 1889 à Moscou, fils du diplomate Théodore Meyer (1839-1914), alors en poste dans la capitale russe. Suivant les différentes affectations de son père, il passe son enfance successivement à Zurich, à Gênes, puis en France à partir de 1897.
Dans son autobiographie "Propos du vieux colonial", Roland Meyer dit découvrir sa vocation asiatique à l'âge de six ans, lorsqu'il qu'il assiste à un spectacle de danse javanaise à Gênes. Le second choc survient à ses dix-sept ans, alors qu'il visite l'Exposition coloniale de Marseille de 1906, durant laquelle il assiste à une représentation des danseuses du ballet royal du Cambodge ; a posteriori, il voit dans cet événement la naissance de son désir de partir pour l'Indochine. C'est ainsi qu'un an plus tard, à 18 ans, en novembre 1907, il embarque à Marseille pour l'Indochine, où il arrive en décembre. Grâce aux relations de son père, il y part pour effectuer un stage de six ans dans l'administration coloniale. Ses débuts dans la colonie le voient devenir un gratte-papier attaché au cabinet du gouverneur général Paul Beau.
En 1908, suite à l'arrivée du nouveau gouverneur Antony Klobukowski qui ne compte pas parmi les relations de son père, Roland Meyer est muté à la fin du mois de février à Phnom Penh. Début 1909, toujours stagiaire, il entre dans le cabinet du Résident supérieur du Cambodge, Louis Paul Luce. En 1911, il change de statut et devient commis de 3e classe des Services civils de l'Indochine. Son supérieur le décrit alors comme un "jeune fonctionnaire d'une haute intelligence, d'une éducation parfaite, ayant toutes les qualités d'un fonctionnaire d'avenir." (cité par Jean-François Klein, Asiates : des Européens vers l'Asie, p. 231). On lui confie alors la direction du premier musée d'art du Cambodge, créé en 1905 dans une aile du palais royal. En 1913, il est promu commis de 2e classe.
Dès ses premiers temps passés au Cambodge, Roland Meyer se prend de passion pour la culture cambodgienne, en témoigne son apprentissage et sa maîtrise rapide de la langue khmère. Entre 1912 et 1914 il publie à ce sujet trois volumes de "Cours de cambodgien", et son supérieur dit de lui que "dès son entrée dans l'administration, il s'est consacré à l'apprentissage du cambodgien. Il professe le cours public de langue cambodgienne à Phnom Penh et souhaite renforcer sa formation linguistique. Le Résident supérieur souhaite le nommer interprète de français du Protectorat." (cité par Jean-François Klein, ibid., p. 232). Cet intérêt pour le Cambodge est d'autant plus fort que peu après son arrivée dans le pays, il rencontre Saramani, danseuse du ballet royale, sa future épouse et mère de ses quatre enfants (l'une de ses filles, Suzanne, deviendra danseuse de music-hall sous le pseudonyme de Saramani dans les années 1930) . Il en est si amoureux qu'il quitte Phnom Penh pour vivre à la cambodgienne dans le village de Prek Thmey. Il fait alors partie du cercle restreint (et critiqué par les autres Français) des "indigénophiles", parmi lesquels on peut compter à la même époque George Groslier, Charles Gravelle ou George Coedès, les deux derniers ayant également épousé une Cambodgienne.
Dans ces années précédant la Première Guerre mondiale, Roland Meyer écrit un livre rendant hommage à celle qu'il aime et tiré de ses conversations avec elle, intitulé "Saramani, danseuse khmèr", achevé en 1914. Après le décès de son père début mai 1914, il revient quelques mois en France pour lui rendre hommage ; il n'est pas mobilisé quand éclate le conflit mondial en raison de sa santé fragile et est de retour au Cambodge en décembre, dont François Marius Baudoin est devenu le Résident supérieur en octobre. En 1916, il passe commis de 1ère classe, puis continue son ascension dans les échelons en devenant en 1917 administrateur de 5e classe des Services civils de l'Indochine. Il est alors toujours aussi apprécié de ses supérieurs ; le résident Baudouin indique ainsi dans une note de promotion de 1915 qu'il "connait la langue cambodgienne dans ses moindres nuances. Rend de précieux services. À faire avancer rapidement." (cité par Jean-François Klein, ibid., p. 234). Grâce à sa famille cambodgienne, il connait en effet parfaitement les coutumes et la langue khmères. Cela motive peut-être en partie François Baudouin à le nommer en 1918 chef du Service de la Sûreté et des Affaires politiques et Indigènes du Cambodge, service qui travaille en coordination avec la Sûreté générale Indochinoise et chargé de réprimer les insurrections. La sécurité du royaume repose alors véritablement sur ses épaules.
En 1919 survient un scandale qui bouleverse sa vie, suite à la publication aux éditions Albert Portail (Saigon) du livre consacré à sa femme sur lequel il a tant travaillé, "Saramani, danseuse khmèr". Ce livre déclenche en effet immédiatement un tollé, car, comme le signale Jean-François Klein, "c'est autant une ode à la société cambodgienne qu'un pamphlet contre la société coloniale. C'est, surtout, une véritable diatribe contre l'administration de Baudouin, ses liens avec Thiounn [le maire du palais] et le roi Sisowath et les mœurs dépravées du monde palatin." (Jean-François Klein, ibid., p. 234). Le résident Baudouin s'estime trahi par l'un de ses hommes de confiance et cherche à l'écraser. L'histoire remonte jusqu'aux oreilles du ministre des Colonies Albert Sarraut, qui ne souhaite pas ébruiter plus l'affaire. C'est ainsi que sur les ordres de ce dernier, en 1920, le gouverneur général Maurice Long fait exfiltrer Roland Meyer du Cambodge, craignant qu'une personne de l'entourage du résident Baudouin ou du roi Sisowath n'attente à sa vie.
Roland Meyer se retrouve ainsi désormais en poste au Laos, à Vientiane. Malgré la réprimande de ses supérieurs, il conserve là-bas le même poste qu'au Cambodge, à savoir chef du Service de la Sûreté et des Affaires politiques et Indigènes. Saramani et ses enfants le suivent ; ne supportant peut-être pas cette nouvelle vie, cette dernière rentre au Cambodge en 1922 avec deux de ses enfants et on perd totalement sa trace après ce retour (elle serait devenue nonne dans un couvent bouddhiste). Il épouse la même année une Française, Marie-Louise Blayo, dont il aura un enfant. Roland Meyer vit mal tous ces événements, ce qui fait dire à Jean-François Klein qu'"une partie de lui est morte en quittant le Cambodge, un royaume auquel il avait voué sa vie." (Jean-François Klein, ibid., p. 239).
Roland Meyer demeure malgré tout un fonctionnaire zélé et apprécié du Résident supérieur du Laos, Jules Bosc (en poste de 1918 à 1931). C'est ainsi qu'il est promu en 1921 administrateur de 4e classe. En 1922, son livre sur sa femme est republié sous le titre "Saramani, danseuse cambodgienne", version expurgée de ses passages les plus problématiques vis-à-vis du pouvoir colonial. Comme il l'a fait avec la langue khmère, il apprend rapidement le lao et le siamois et publie un "Cours de langue laotienne" en 1924. Au fil des ans, il se prend pour le Laos du même amour que pour le Cambodge.
En 1925, il passe administrateur de 3e classe et en 1926, le gouverneur général socialiste Alexandre Varenne l'appelle à ses côtés pour l'aider dans sa politique en faveur des indigènes ; cette ouverture vers l'altérité leur attire la colère des colons français et Varenne est démis de ses fonctions en 1928. Dans la foulée, Roland Meyer est réexpédié à Vientiane, est promu administrateur de 2ème classe et prend la direction de la haute commission franco-siamoise du Mékong (en plus de sa charge de chef du bureau politique). Dans le cadre de ce poste, il effectue un travail de diplomate en ayant à gérer les relations compliquées entre l'Indochine et le Siam, ce dernier royaume ayant des visées sur le Laos et le Mékong. Il s'inquiète aussi à la même époque des actions des colons français, qui font venir au Laos d'importantes populations vietnamiennes pour mettre en valeur le pays, ce qui risque à terme de provoquer de fortes tensions entre Laotiens et Vietnamiens, mais aussi de développer chez les Laotiens un sentiment anti-français, ces derniers étant responsable de cette immigration vietnamienne.
Pour ses services rendus, le gouverneur général Pierre Pasquier le promeut administrateur de 1ère classe en 1929 et le détache à son service, à Hanoi. En plus de ses fonctions précédentes, il devient délégué du Laos pour la préparation de l'Exposition coloniale internationale de 1931, donne des cours à l'École de Droit de l'administration laotienne, et prend la direction du service administratif de l'Agence économique de l'Indochine ; il compte alors parmi les plus hautes personnalités de l'Indochine. En 1930 il rédige une monographie, "Le Laos", commande pour l'Exposition de 1931. La même année, il publie également son second roman autobiographique, "Komlah : visions d'Asie". Toujours en 1930, il devient administrateur-maire de Vientiane et commissaire du gouvernement, ce qui fait de lui le numéro deux du Protectorat du Laos. En 1932, il manifeste sa désapprobation au projet inutile et couteux en vie humaine de sanatorium à Tran Ninh.
En 1933, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur et quitte l'Indochine après vingt-six ans de dur labeur. Il travaille désormais pour le Ministère des Colonies au secrétariat général du Conseil supérieur des colonies, à Paris, et passe administrateur de 1ère classe hors cadre. En préretraite, il reste très actif et donne des cours de langue khmère à l'École coloniale, devient en 1936 chef de la propagande et du tourisme de l'Agence économique de l'Indochine, travaille pour le Comité d'action colonisatrice et de paysannat indigène... Son âge et sa santé fragile l'obligent ensuite à prendre des postes plus modestes dans ces organismes. En 1936, il divorce de Marie-Louise Blayo et se remarie l'année suivante avec Christiane Maupin.
La défaite de la France en 1940 annonce des temps difficiles pour Roland Meyer. Il est contraint de fuir en zone libre pour suivre le Ministère des Colonies et perd beaucoup d'argent dans ces années pour simplement réussir à survivre. Il vit un temps à Villefranche-sur-Mer puis retourne à Paris après la guerre. En 1952 il écrit "Propos du vieux colonial", puis en 1956 "Mon demi-siècle" (ce dernier inédit semble-t-il). Il meurt en 1976 à Saint-Maur-des-Fossés.

Ressources liées

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Le Laos Créateur(s) Texte
Saramani, danseuse cambodgienne Créateur(s) Texte
Komlah : visions d'Asie Créateur(s) Texte
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Lectures littéraires sur l'Indochine Contributeur(s) Texte