L'organisation des facultés "autonomes"

En accord avec leurs revendications d’autogestion des universités, les grévistes vont tenter de mettre en place de nouvelles organisations dans les facultés niçoises.

A la faculté des lettres, le 7 mai, en présence du doyen, sont créées des commissions paritaires par disciplines qui doivent travailler sur les relations étudiants-enseignants et sur les enseignements et leur organisation. Une semaine plus tard, le 15 mai, une assemblée extraordinaire réunie à l’initiative du doyen crée quatre commissions pour étudier:

  • les sujets des examens
  • les programmes et l’organisation du travail des étudiants pour l’année suivante,
  • les structures et les réformes de l’Université
  • les débouchés et l’insertion de l’Université dans la nation et la société.

Des étudiants doivent siéger dans ces commissions paritaires et des élections sont prévues les 16 et 20 mai. Mais le 17 mai l’assemblée de la faculté adopte une motion proclamant l’organisation d’élections pour la nomination d’une assemblée constituante paritaire sous 8 jours. Le 4 juin, a lieu un vote pour désigner 24 délégués des étudiants, qui devront se prononcer sur la question des examens et des réformes à engager. Le quorum est fixé à 51 % des étudiants inscrits, la répartition des mandats se fera à la proportionnelle du nombre de suffrages recueillis par chaque liste.

Trois listes se présentent : l'UGEN-UNEF ; les non-syndiqués, opposés aux syndicats "politisés" qui n'assurent pas la défense des intérêts des étudiants, qui souhaitent néanmoins des réformes ; le Comité de grève.

Le soir du 4 juin, le taux de participation est  à 76,5 % et le pourcentage de suffrages exprimés est à 99 % !! l'UGEN remporte neuf sièges (38.32 % des voix), les non-syndiqués 8 sièges (33.98 %) et le COG 7 sièges (26.76 %). La part des non-syndiqués montrent à quel point les étudiants souhaitent des réformes, sans pour autant se politiser.

 

A la faculté de Droit, le 16 mai, les étudiants élisent leurs délégués, le 22 mai, une commission paritaire est créée pour étudier l’opportunité d’une session facultative des examens en juin et remplir le rôle de coordination avec les autres commissions. Cette commission doit être le premier élément d’une véritable cogestion démocratique, mais les disparités d’opinion en son sein posent des difficultés : certains membres veulent à plusieurs reprises remettre en cause les décisions et dissoudre les organismes mis en place. Un Comité de soutien aux Réformes est créé pour « s’opposer au maintien du conservatisme étroit dans le Comité paritaire à cause de la vague réactionnaire. » Des tentatives de la part d’étudiants et de professeurs ont lieu pour mettre en place des commissions équivalentes à celles créées en faculté des Lettres.

 

En faculté des Sciences, dès le 20 mai, les professeurs du SNE-Sup acceptent le principe d’une assemblée constituante ayant pour but de monter de nouvelles structures. Le 24 mai, est créée une commission paritaire provisoire qui devient le 1er juin l’Assemblée Tripartite, chargée d’élaborer les nouvelles structures et de devenir l’organe de gestion de l’Université Nouvelle.

Evidemment, ces organisations officieuses ne sont pas du goût des autorités légales de l'Université. Voici la déclaration du doyen de la faculté des sciences le 14 juin :

"L'Université, comme l'armée ou la magistrature est actuellement un corps d'Etat dont le fonctionnement est régi par des lois et des décrets. Dans une société organisée, il est au pouvoir d'aucun groupe d'individus de changer à son gré les lois et décrets promulgués de façon régulière par les pouvoirs publics. A l'heure actuelle l'administration d'une faculté est confiée à une assemblée d'enseignants, un conseil de professeurs et un doyen dont les attributions sont précisées par la loi. Jusqu'au jour où une loi aura modifiée cette organisation, elle doit subsister sans changement. Les prétentions de la Commission Tripartite ne reposent sur aucune réalité et ne représentent au plus que des aspirations. Il est souhaitable que le dialogue amorcé puisse se poursuivre et aboutir à des propositions constructives pour une réforme viable des structures actuelles, si ces propositions sont approuvées par l'assemblée de la faculté, elles seront soumises aux autorités légales qui décideront en dernier ressort."